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Le RN face à la pandémie

file-20200622-54997-1oo88vi( article paru sur lahorde.samizdat.net )

Le sujet des vaccins est sur toutes les lèvres en ce moment. Pour, contre, mitigé, attentiste, tout le monde y va de son avis et de son ressenti, mais en s’éloignant petit à petit des graves problèmes économiques et sociaux provoqués par la pandémie, sa gestion et ses conséquences.
S’il n’est évidemment pas du ressort de VISA de donner son avis sur la vaccination anti Covid, les gesticulations des complotistes et l’opportunisme du RN sur ce sujet nous poussent néanmoins à nous exprimer.

Selon une étude de l’Ifop sur le complotisme publiée en février 2019 (étude commandée par la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch), les sympathisant.es du RN apparaissent comme les plus perméables aux théories du complot.
Ainsi, 61 % des sympathisant.es du RN (contre 43 % pour l’ensemble des Français.ses) se disaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins ».
Et ceci plus d’un an avant le début de la crise sanitaire en France. On pourrait craindre le pire si cette étude était réalisée aujourd’hui !
« Il y a derrière les décisions publiques, des influences économiques liées aux laboratoires pharmaceutiques » a fort donc opportunément déclaré Marion Maréchal à l’époque.
Et après ? Si le rôle et l’attitude de « Big Pharma » (les dix plus grosses entreprises mondiales de pharmacie) sont condamnables à bien des égards, il n’en demeure pas moins que les vaccins ont sauvé bien plus de monde depuis plus d’un siècle qu’ils n’en ont condamné…

L’extrême droite française et la vaccination
Marine Le Pen, qui a clairement dit qu’elle se fera vacciner contre le coronavirus, ne veut toutefois pas se couper de son électorat (80 % de celui-ci n’entend pas se faire vacciner) et a donc déclaré qu’elle laisse les Français « libres » de le faire ou non, et ne veut surtout pas de vaccination obligatoire : « C’est à eux, dans leur for intérieur, de décider s’ils souhaitent ou pas se vacciner. »
Pour le RN et ses satellites, tout sert aussi de prétexte pour raviver la flamme nationaliste et souverainiste : Marine Le Pen a déclaré le 27 janvier dernier que « nous n’avons pas de vaccin national. Nous sommes le seul pays du Conseil de sécurité à ne pas avoir notre vaccin. » …Flamme nationaliste oui…sauf quand il s’agit de son copain Poutine évidemment, puisque MLP tweete le 2 février : « Maintenant que l’efficacité du vaccin russe SputnikV ne fait désormais plus de doute, il peut être un renfort contre la pandémie. Travaillons en bonne intelligence avec la Russie et ne laissons pas l’idéologie antirusse ruiner nos capacités à vacciner nos compatriotes ! ». Entre fascistes et dictateurs, on se comprend !
Du côté des déclarations des têtes de proue de l’extrême droite en France, on va retrouver des positions en apparence contradictoires.
Marion Maréchal déclare le 8 décembre 2020 sur Europe 1 : « Je ne suis pas sceptique parce que les vaccins ont évidemment une utilité […] mais je suis un peu dubitative, pour être tout à fait honnête ».
Du côté de Gilbert Collard, on va jouer sur la peur des effets du vaccin « Effarant : avec monsieur vaccin, professeur Tournesol du gouvernement, on est vacciné contre le vaccin ! Si après l’avoir entendu, vous vous faites vacciner, vous êtes vraiment très courageux ! » (Tweet du 4 décembre 2020).
Nicolas Dupont-Aignan déclare lui sur LCI, le 31 décembre 2020 : « Non, je ne me ferai pas vacciner avec ce vaccin ARN qui pour la première fois a été expérimenté sur l’homme (…). Quand ce vaccin aura un peu de recul scientifique et qu’on aura testé davantage, là je verrai ».
Jean Messiha (ancien RN, actuel chroniqueur sur Cnews, toujours d’extrême droite !) tweete, fin décembre : « On nous dit que le vaccin va être administré en premier aux personnes âgées. C’est curieux. N’est-ce pas Olivier Veran qui promettait que c’était lui et ses collègues du gouvernement qui allaient se faire vacciner en premier pour montrer l’exemple ? ». Traduisez : Les personnes âgées sont les cobayes du gouvernement !
Quant à Jordan Bardella (député européen RN), lui s’intéresse davantage à la nationalité du vaccin (qu’il préférerait français, russe ou hongrois) qu’à son efficacité !
Stéphane Ravier (sénateur RN et ancien maire du 7ème secteur de Marseille), tweete, début décembre : « En écoutant ce qui a été dit sur ce plateau, j’ai compris que les laboratoires sont tout-puissants, que ce vaccin est un pari, qu’on n’est pas certain de grand-chose pour l’instant… »
Et pour ce qui est des maires d’extrêmes droite, Robert Ménard en tête, on va se faire plus discret sur le vaccin (fonction de maire oblige, des centres de vaccination ouvrent dans leurs villes), on va critiquer la gestion du gouvernement et on va enfoncer des portes ouvertes : il n’y a pas assez de vaccins !
On le voit bien, si les positions peuvent paraître variées, il y a des constantes : méfiance de la stratégie gouvernementale, méfiance du vaccin en lui-même, nationalisme…et surtout un éventail affiché de positionnements qui permet leur classique grand-écart opportuniste : on s’adresse à tout le monde ! En surfant sur le patriotisme et le complotisme, l’extrême droite joue une fois de plus sa partition habituelle : faire le buzz sur le sujet du moment, les habiller avec ses thèses, y compris en développant des messages différents pour tenter de plaire à tout le monde, et détourner l’opinion des vrais sujets importants que sont la montée du chômage et de la précarité, la casse des services publics, la nécessité d’une forte mobilisation sociale pour réorienter la politique

Vers une dérive agressive voir violente des réseaux complotistes ?
Ainsi, depuis le début de la campagne de vaccination contre le Covid-19 dans les Ehpad, le 27 décembre dernier, la direction de certains de ces établissements a reçu des mails intimidants, allant de menaces à dépôts de plainte, de la part d’associations ou collectifs anti-vaccin.
Aux États-Unis, plusieurs dizaines de personnes ont carrément perturbé le fonctionnement d’un centre de vaccination contre le coronavirus à Los Angeles samedi 30 janvier. Les manifestant.es, qui brandissaient des pancartes anti-vaccin en réclamant la levée des confinements, se sont rassemblé.es à l’entrée du centre de vaccination, au Dodger Stadium, l’un des plus importants aux Etats-Unis.
Ce genre de phénomène, comme les émeutes récentes aux Pays-Bas, pourrait aussi arriver en France, poussé par une extrême droite qui répand de plus en plus fréquemment des appels à « la désobéissance » au nom de la « liberté individuelle ».

Qui se cachent derrière les réseaux « anti-vax » ?
Il est important de s’attarder sur les réseaux dits « anti-vax ». Nous ne parlons pas ici des personnes qui se posent des questions simplement sur le développement des vaccins contre le Covid 19, ou sur leur efficacité. Nous parlons bien des propagateurs d’une idéologie anti-vaccin qui, au mieux, vont tenter d’avancer quelques arguments scientifiques, au pire vont tenter de nous faire croire que le vaccin contre le Covid 19 sera inoculé en même temps qu’une puce 5G permettant de nous contrôler, le tout fomenté par une organisation mondiale secrète !
Mais le but bien réel de ces personnes est d’instaurer la confusion, semer le trouble, détourner l’attention de la population des véritables problèmes et faire en sorte qu’une majorité de la population perde toute confiance dans l’ensemble des institutions publiques…au profit de solutions idéologiques à l’extrême droite de l’échiquier politique.
En France, nous pourrons commencer par citer le désormais célèbre Louis Fouché, médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de la Conception à Marseille, et créateur du site Réinfocovid. Ce désormais adepte des réseaux sociaux est aussi un adepte de l’extrême-droite, du souverainisme et des catholiques traditionnalistes. Le 5 décembre 2020, il intervient dans une émission de Radio Courtoisie. Cette radio d’obédience catholique traditionnaliste, qui se définie elle-même comme étant la radio de « toutes les droites, tous les talents » a été créée en 1987 par Jean Ferré, fervent défenseur de l’Algérie française et anti-avortement convaincu. Le 13 décembre 2020, il participe à un live vidéo à l’invitation du youtubeur Thierry Casasnovas. Ce dernier a fait l’objet, depuis 2016, de plus de 400 signalements auprès de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Le 29 décembre 2020, il apparait sur la chaîne internet UPR-TV, dans un long entretien avec François Asselineau. Nul doute donc sur la position de Louis Fouché sur l’échiquier politique !Jean-Bernard Fourtillan : pharmacien de formation et professeur agrégé de chimie thérapeutique, à la retraite depuis 2008. Il a récemment été recherché par la justice pour avoir donné des traitements expérimentaux à des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson et d’avoir exercé illégalement la profession de médecin ou de pharmacien. Fin 2019, les autorités de santé avaient en effet annoncé le démantèlement d’un vaste essai clinique « sauvage et illégal », dont il était l’auteur aux côtés de son acolyte Henri Joyeux, sur plus de 400 patients cobayes. Tous deux militent par ailleurs contre la pilule et contre l’avortement. Le 8 janvier 2020, Jean-Bernard Fourtillan était interviewé sur la radio de TV Libertés, média d’extrême droite.
Christian Perronne, infectiologue. Le 17 décembre 2020, il a été mis fin à ses fonctions de chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches (AP-HP). Il est membre de l’association BonSens, aux côtés notamment d’Alexandra Henrion-Caude (catholique intégriste et habituée de TV Libertés), de Valérie Bugault (membre de l’UPR, proche de l’association catholique intégriste Civitas, qui intervient en 2019-2020 aux côtés de l’antisémite Alain Soral dans une série de conférences et est une habituée du média d’extrême-droite TV Libertés) ou encore de Silvano Trotta youtubeur pro Trump et convaincu que la lune est un satellite artificiel creux !
Nous pourrions aussi citer le cas de Serge Rader. Ce pharmacien a été conseiller national et expert « médicaments » auprès de Nicolas Dupont-Aignan, et candidat à plusieurs élections pour Debout la République. Il est un invité régulier du média d’extrême droite TV Libertés, et apparait également sur le site Boulevard Voltaire, crée entre autres par Robert Ménard.
Nous retrouverons aussi dans la sphère des anti-vax, Luc Montagner (prix Nobel de médecine 2008) qui est un proche de Serge Rader et Henri Joyeux (cités plus haut) ; Salim Laïbi, ex-proche de l’antisémite Alain Soral, titulaire de la « Quenelle d’or » de Dieudonné ; Christian Tal Schaller, adepte de la thérapie par l’urine ; Jean-Jacques Crèvecoeur, conférencier belge et formateur en développement personnel. Celui-ci est un proche de Laïbi et Schaller avec qui il anime des lives vidéo sur les réseaux sociaux, et est un disciple de l’Allemand Ryke Geerd Hamer, mort en 2017, médecin condamné pour exercice illégal et mise en danger de la vie d’autrui, qui a entraîné la mort prématurée de 140 personnes.
Sur le plan international, on trouvera en première ligne Andrew Wakefield, praticien vaccino-complotiste, britannique, radié de l’ordre des médecins en 2010 pour avoir truqué une étude sur le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéoles) et l’autisme. Il s’exile en 2015 aux Etats-Unis et devient très proche des milieux ultra-conservateurs. Il rencontre Donald Trump en 2016, lors de la campagne présidentielle, pour le conseiller sur la politique (anti-)vaccinale à mettre en œuvre aux Etats-Unis.

Enfin, il est important de souligner le rôle prédominant de certains mouvements religieux sectaires, notamment catholiques intégristes, dans la propagation de l’idéologie anti-vaccin depuis de très nombreuses années. Nous citerons ici la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, un mouvement catholique intégriste créé en 1970 par Mgr Lefebvre, excommunié en 1988. La Fraternité est notamment connue pour des propos négationnistes tenus par l’un de ses évêques. Elle est associée à l’institut Civitas, association catholique intégriste ouvertement homophobe. La Fraternité est farouchement opposée à la vaccination des enfants.
Quant à l’anthroposophie, mouvement ésotérique fondé au début du XXème siècle par le « philosophe » autrichien Rudolf Steiner (mort en 1925, ouvertement raciste), ses adeptes dissuadent, malgré leurs dénégations, les « parents » de vacciner les enfants qui fréquentent leurs écoles. L’influence des arguments anti-vaccin de cette association « spirituelle » s’étend bien au-delà de ses adulateurs.trices.
D’autre part, toujours concernant l’anthroposophie, le 6 septembre 2001, La 11ème chambre de la Cour d’Appel de Paris, avait écrit dans ses conclusions « que ce mouvement est d’ailleurs considéré comme une secte non seulement par la commission d’enquête française, mais aussi par une commission d’enquête belge, un rapport des Renseignements généraux de 1997 et les spécialistes du mouvement sectaire ».
Une galaxie de personnages et de courants aussi réactionnaires que parfois loufoques, mais néanmoins dangereux, dont l’idéologie sous-jacente est belle et bien d’extrême-droite !

Pour un service public de la santé
S’il y a bien un discours absent de toute la sphère complotiste et d’extrême droite, c’est la question que nous portons en tant que syndicalistes : le bien commun et le service public.
Bien entendu, la dénonciation de la gestion gouvernementale de cette crise sanitaire est nécessaire, comme le fait de dénoncer le manque de moyens et de financement dans les hôpitaux ou la recherche, le manque de transparence, les revirements réguliers etc.
Mais cette dénonciation doit s’accompagner de revendications claires car le « jeu » de l’extrême droite et des complotistes est bel et bien l’instrumentalisation du « combat » anti-vaccin, qui cache le véritable combat à mener, celui d’un grand service public de la santé. D’ailleurs, au cas particulier des vaccins, qu’ils soient très anciens (Rougeole, variole…) ou plus récents (hépatite, covid…), nous devons exiger d’en faire des biens-communs universels, face à la monopolisation de ceux-ci par les pays les plus riches ou les grandes entreprises pharmaceutiques. Plus globalement, c’est toute la politique de santé (de la médecine de ville aux laboratoires, en passant par les hôpitaux et la prise en charge de la dépendance) qui doit être repensée en termes de service public.

Pas de profit sur la pandémie ! Stop au virus capitaliste !
Marine Le Pen a déclaré le 30 mars 2020 qu’elle trouve « légitime de se demander si le virus ne s’est pas échappé d’un laboratoire ». A la même époque, 40% des électeurs.trices du RN pensent que le coronavirus a été conçu « intentionnellement » en laboratoire. Une fois n’est pas coutume, pour le RN, l’ennemi vient toujours de l’étranger, sous forme de complot, et le capitalisme n’aurait aucune responsabilité dans la crise sanitaire.
Pourtant, nous devons interroger la responsabilité du capitalisme, en mode ultra libéral, sur la pandémie de Covid 19. En effet, la déforestation exponentielle pour produire toujours plus, l’agrobusiness, l’urbanisation et l’industrialisation intensives et les bidonvilles, la pollution, toutes ces caractéristiques de la mondialisation ultralibérale ont des conséquences indiscutables sur la baisse de nos défenses immunitaires.
En 2015, l’Organisation Mondiale de la Santé, dans son rapport sur la Biodiversité, alertait déjà sur les risques liés à la destruction des barrières naturelles qui favorise la circulation des agents pathogènes !
En détruisant méthodiquement la biodiversité et en réduisant les contacts humains avec les milieux naturels et leur faune subsistante, le capitalisme ultralibéral détruit aussi nos vies. En clair, se battre pour la sortie du « libre échange financier », c’est aussi se battre contre un vecteur de création et de propagation de maladies mortelles.
D’ailleurs, pour sortir de cette crise et changer le système, 20 organisations (dont les syndicats CGT, FSU, SOLIDAIRES, Confédération Paysanne, UNL et UNEF) ont publié un manifeste de 34 mesures intitulé « plus jamais ça, un monde à reconstruire ».

Ne pas finir comme la civilisation Maya
Au risque de paraître incongrue, VISA ose un parallèle entre la fin de la civilisation Maya et les conséquences du capitalisme ultra libéral. En effet la disparition de cette civilisation tant avancée pour son époque a été provoquée, selon Valérie Kubiak du magazine Géo ou encore selon l’étude d’un groupe de chercheurs.ses de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) et de l’Université de Floride (États-Unis), par une surexploitation des ressources naturelles de leur territoire, des épisodes de sécheresses, des guerres et par une très inégalitaire répartition des richesses…
Alors, on s’attaque aux vrais problèmes ou on regarde le doigt du sage ?