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Voyage chez les collectionneurs de l’ultradroite

(de Jean-Baptiste Malet Rue89)

Reportage à Toulon, où trois boutiques sont les repaires des nostalgiques du régime de Vichy et de l'occupant nazi.

Des armes, munitions et divers objets saisis par la police portugaise, Lisbonne avril 2007 (Nacho Doce/Reuters).

(De Toulon) Un commerce fait florès dans la capitale varoise: les enseignes dites "Militaria", mot latin désignant tous les artefacts qui témoignent du passage ou de l'activité des armées, de tout pays et de toutes les époques. Elles fournissent des objets éminemment politiques en invoquant une neutralité historique.

Ces antiquités militaires sont ainsi collectionnées par des "reconstituteurs". Si certaines, honnêtes, se plaisent à pérenniser l'héritage de l'US Army libératrice, d'autres choisissent la Wehrmacht, voire ouvertement la SS, quand ils ne cultivent pas la nostalgie de la division Charlemagne.

La France réglemente théoriquement cette activité avec sa législation sur les armes, l’application du jugement du tribunal de Nuremberg, l'article R645-1 du code pénal, ainsi que par la loi Gayssot du 13 juillet 1990.

Mais la reconstitution d'unités prend parfois des tournures surréalistes quand des collectionneurs revêtent leurs uniformes pour jouer à la guerre en entonnant des chants d'époque, ou diffuser un contenu politique.

Pour exemple, ces tracts issus de la fanatique association aujourd'hui dissoute "Vent d'Europe", rédigés par un militant du Front national de Fréjus, Eric Refait.(Voir les documents ci-dessus et ci-dessous.)

Une boutique à deux pas du palais de justice

L’inspection toulonnaise débute au "Béret vert", 217 avenue de la République, à cent mètres de la mairie. Un commerce ouvert après la victoire du FN aux municipales, en 1995.

Des casques, des décorations nazies, ainsi que des "Mein Kampf" en allemand trônent bien en vue. Article "collector", deux assiettes commémoratives du Maréchal Pétain s'y trouvent, ornées de francisques et de la devise "travail, famille, patrie". On comprend le silence de l’ancienne kommandantur voisine sur ce genre d’activités, mais moins celui du maire actuel, Hubert Falco…

Quant à "Ma boutique", la plus vieille échoppe militaria de Toulon située à deux pas du palais de justice, elle fût ouverte en 1986. Aimant la Wehrmacht et ne s’en cachant pas, c'est un véritable entrepôt.

Des pistolets aux grenades, des casques aux bottes, on y équiperait une division de volksgrenadier. La littérature n’y est pas consignée. On y trouve des ouvrages d'anciens dignitaires nazis. A la sortie de la boutique, un client justifie sa collection:

"J'aime être au contact d'objets portés par d'anciens soldats. C'est important pour moi d'honorer leurs mémoires."

L'activité s'étend aujourd'hui sur le net, à l'image de Militaria-ww2.com ou de Militaria.fr, véritables archétypes de l’hypocrisie ambiante. Rappelant la loi, ils proposent ensuite médailles, casquettes à aigle ou tête de mort, baïonnettes, dagues, drapeaux, brassards, grenades à manches, lance-fusées, masques à gaz, boîtes de pansements, jumelles, gants, lanternes… Tout s'y trouve pour aller envahir la Pologne.

Que fait la police?

Face à cet arsenal, le service juridique de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) explique:

"Le code pénal interdit de porter ou d'exhiber des uniformes SS dans des lieux publics, y compris dans les boutiques. Mais le cadre juridique de ces commerces fait face à l'hypocrisie des vendeurs qui cachent souvent la croix gammée."

L'effroyable culmine chez "Histoire d’Antan" (sic), ouvert en janvier 2006, au croisement de la rue Saunier et de l’avenue Jean-Moulin. Le fourrier garantit:

"Tout est en vente libre ici. C’est vrai que souvent on monte la tête aux gens avec des “faut rien faire, faut rien dire”, mais il n’y a que la croix gammée d’interdite."

Pour conjurer la loi, de pudiques gommettes jaunes d’un centimètre se trouvent sur l’écusson d’une vareuse SS. Mais comment ne pas croire un commerçant qui travaille en face de la police nationale! Il suffit en effet de faire vingt mètres, en traversant sur le passage protégé, pour se rendre du commissariat central de Toulon au magasin le plus équipé de la ville en articles "militaria" nazis.

Au sujet de la revue Signal, en vente dans sa boutique -fausse antiquité militaire mais réel vestige politique de Goebbels- l’imposant vendeur bombe le torse:

"C’est soumis à aucune restriction. C’est de la publication, c'était le Paris-Match de l’occupation, je peux même le mettre à la vente en vitrine si je veux."

Quant aux brassards nazis et drapeaux du NSDAP qui s'y trouvent, la LICRA est formelle:

"Ce genre d'objets n'étant par essence qu'une croix gammée, ils sont illégaux."

Reste une question. Nous n’avons pas osé demander aux nombreux clients réguliers sortant du magasin et portant l’uniforme de la police nationale s’ils étaient bien de véritables fonctionnaires ou de simples collectionneurs…

Photo: Des armes, munitions et divers objets saisis par la police portugaise, Lisbonne avril 2007 (Nacho Doce/Reuters).