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Traditionalistes et intégristes catholiques se mobilisent contre le mariage pour tous

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Deux manifestations se sont déroulées le week-end dernier contre le mariage pour tous.

La première, le samedi 17 novembre,  était organisée par l’ Alliance Vita de Christine Boutin, et a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Tout ce que le pays compte de réactionnaires, de lecteurs du Figaro, de partisans de l’ école privée, et de nostalgiques de Sarkozy étaient au rendez-vous.

Le dimanche 18, sur le même thème, une manifestation organisée par l’ institut Civitas a regroupé tout ce que la France compte d’intégristes catholiques, le ban et l’ arrière-ban de l’ extrême droite : on pouvait y voir Action française, le MNR de Bruno Mégret, la Parti de la France de carl Lang, Renouveau français, Renaissance catholique, Alliance catholique, le GUD, les Jeunesses nationalistes, les Identitaires…C’ est de ce cortège que l’on a pu voir quelques voyous lobotomisés rouer de coups une dizaine de féministes du groupe Femen. Quel courage !

On a remarqué également que Bruno Gollnish et Jacques Bompard avaient participé aux deux manifestations…

Revenons avec l’ aide de nos amis de VISA sur ce que sont ces intégristes et traditionalistes.

En mai 2012, le candidat socialiste François Hollande a été élu président de la république. Durant la campagne électorale, il avait pris 60 engagements. L’engagement numéro 31 consiste à établir l’égalité des droits devant le mariage quel que soit son orientation sexuelle. Mais, l’élection présidentielle à peine terminée, différentes forces hostiles à cet engagement se sont préparées à en empêcher la réalisation. De son côté, le pouvoir socialiste, après avoir engagé très tôt la préparation de cette réforme, semble aujourd’hui tergiversé sur la question de l’adoption pour les couples homosexuels et, finalement, le projet de loi ne sera discuté au parlement qu’en janvier 2013 laissant ainsi la possibilité aux adversaires de la réforme de créer un rapport de force qui leur soit favorable.

1 /Division au sein des opposants au mariage pour tous
Cependant, les adversaires de la réforme sont pour l’instant divisés. Certains, comme Bernard Antony, le leader historique des catholiques intégristes, en sont désolés et lancent des appels à l’unité qui sont pour l’instant sans réponse. On peut en effet repérer au moins quatre forces qui ont décidé aujourd’hui de se mobiliser contre le mariage homosexuel :
- l’association Alliance Vita qui a organisé le 23 octobre des manifestations dans 75 villes ;
- l’initiative de Frigide Barjot de manifester devant les mairies le 17 novembre : c’est la « manif pour tous » ;
- la manifestation nationale appelée par Civitas le 18 novembre
- la marche nationale « à contre-courant » prévue pour le 20 janvier 2013 à Paris par Bernard Antony et ses réseaux.

Alliance Vita est une association fondée en 1993 par Christine Boutin. Elle est présidée aujourd’hui par un cancérologue, Xavier Mirabel. Alliance Vita se dit aconfessionnelle et sans appartenance politique. Son objet serait de « protéger l’enfant ». Le mode d’ordre des manifestations du 23 octobre était clairement axé sur la défense de la famille traditionnelle hétérosexuelle : « un papa. Une maman. On ne ment pas aux enfants ». Ces manifestations ont été pensées pour séduire les médias, ce qui a particulièrement bien marché. L’association envisage aujourd’hui d’appeler à une manifestation nationale « durant l’hiver ». Comme le remarque Bernard Antony, le caractère aconfessionnel de l’association est une pure plaisanterie. Il en est de même pour ses liens politiques : il s’agit d’une association se rattachant à la droite catholique. Cependant, la direction de l’association juge sans doute qu’il est possible de créer sur cette question une mobilisation importante qu’il ne faut pas restreindre en affichant des liens trop marqués avec le corps épiscopal et, surtout, avec l’extrême droit intégriste. C’est pourquoi Alliance Vita a refusé de participer à la préparation de la manif du 18 novembre mettant en avant que « cela ne correspondrait pas à son éthique ». De même, suite à la photo de deux jeunes femmes s’embrassant sur la bouche tout près d’une de ses manifestations, l’association a vivement protesté en rejetant toute homophobie de sa part. Cependant, on peut penser qu’Alliance Vita n’a pas forcément les moyens de sa politique.

Il est plus difficile de caractériser politiquement l’initiative prise par Virginie Merle alias Frigide Barjot qui était connue jusqu’à ces dernières années pour être une « humoriste » et chroniqueuse mondaine. Mais depuis quelques années elle s’affirme comme militante de droite et catholique en étant présente sur une liste divers droite aux municipales en 2008 dans le 15e arrondissement de Paris et surtout en prenant systématiquement position dans les médias en faveur du pape Benoît XVI. Elle a écrit un livre en 2011 intitulé « Confession d’une catho branchée ». Il faudra suivre son évolution et l’impact de son initiative.

2/ Civitas : un mouvement catholique intégriste à l’offfensive
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Avec Civitas et la manifestation du 18 novembre, on se trouve face à une force d’une tout autre nature. L’Institut Civitas, créé en 1999, se définit comme un « mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l’Eglise et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier ». Plus loin, sur son site, il est écrit que « notre but est la reconquête des institutions, but éminemment politique ». Civitas se définit donc clairement comme un mouvement catholique intégriste. L’institut vise à réaliser son but par une stratégie étapiste c’est-à-dire à travers la « réalisation de conquêtes locales, même partielles, si humbles soit-elle, qui participe à la rechristianisation de notre société ». De ce point de vue, cette organisation entend faire entendre la voix des catholiques mais aussi « susciter, créer et développer des « espaces de chrétienté » ». L’institut se caractérise aussi par son organisation en cercle d’une dizaine de personnes, par sa volonté de donner une formation idéologique à ses membres et enfin par sa tentative de structurer certains milieux. Ainsi il existe une structure Civitas Entreprise qui est en fait un réseau de cadres et de chefs d’entreprises catholiques.

Mais le profil idéologique de Civitas apparaît aussi à travers celui qui préside l’institut, Alain Escada. Ce dernier est né en 1970 à Bruxelles et depuis la fin des années 80 s’affirme comme un des dirigeants de l’extrême droite belge francophone. Ainsi, en 1995, il a créé « Polémique. Info », seul hebdomadaire d’extrême droite francophone en Belgique. Porte-parole en 1996 du Front National de Belgique, il en est exclu en l’année suivante certains dirigeants du parti portant plainte contre lui pour faux, abus de confiance et détournement de fonds ! En 1999, attaqué par le site antifasciste RésistanceS, il est débouté par la justice belge. Le tribunal écrit : il existe « au sein de la revue « Polémique. Info » des accointances fascistes incontestables, au sens le plus strict du terme ». On ne peut être plus clair ! Proche de la Fraternité Saint Pie X, il crée l’association Belgique et Chrétienté qui organise en 2005 avec d’autres associations conservatrices et traditionalistes catholiques une manifestation contre l’adoption d’enfants par les couples homosexuels ! Alain Escada a donc de la suite dans les idées. C’est en 2009 qu’il devient le secrétaire général de l’Institut Civitas, association également proche de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. Il en devient président en 2012.

Civitas apparaît comme davantage qu’une simple association. C’est une structure qui possède une idéologie, une organisation et une stratégie. Il semble d’ailleurs que cette dernière intègre le champ électoral puisque Civitas a annoncé son intention d’être présente lors des élections municipales de 2014. Il agit donc comme un véritable parti catholique intégriste en formation qui sait développer des campagnes politiques comme l’ont montré ses actions contre la liberté d’expression à la fin de l’année dernière contre des pièces de théâtre.

Concernant l’actuelle mobilisation, il faut noter que Civitas a le soutien de Mgr Bagnard et s’appuie sur une déclaration de Benoît XVI dont elle a fait un autocollant : « Lorsqu’on est confronté à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles, ou au fait d’assimiler juridiquement les unions homosexuelles au mariage, leur donnant accès aux droits qui sont propres à ce dernier, on doit s’y opposer de manière claire et incisive ». Outre la clarté et la radicalité du propos papal, il faut sans doute comprendre cette référence comme un indice supplémentaire du rapprochement entre le Vatican et les intégristes catholiques en voie de réintégration au sein de l’Eglise (surtout après l’expulsion de leurs rangs du négationniste Willamson). Tout cela ne fait d’ailleurs peut-être pas plaisir aux traditionalistes…

3/ Bernard Antony, architecte de l’unité de l’opposition au mariage pour tous ?
Civitas est, en effet, clairement en concurrence avec la mouvance dirigée par Bernard Antony qui a structuré jusqu’à présent le traditionalisme catholique en France. Même s’il affiche actuellement un profil unitaire, Bernard Antony n’a pas l’intention de se laisser dépasser. C’est pourquoi avec ses associations que son l’AGRIF, le centre Charlier et Chrétienté- Solidarité il organise le 20 janvier une marche nationale baptisée « à contre-courant » (dont le symbole est un saumon !). D’ores et déjà des associations comme SOS la vie, Rivages, SOS-Tout-Petits, la Trêve de Dieu, Laissez-les vivre, Renaissance catholique et d’autres encore appellent à cette marche, qui va donc regrouper tous les catholiques intégristes à l’exception, pour l’instant, de ceux de Civitas. Pour Bernard Antony, le mariage homo est un racisme « anti humain » ! Il faut signaler que d’ores et déjà deux évêques ont apporté leur soutien à sa marche (Mgrs Rey et Aillet). Anthony juge d’ailleurs que les évêques semblent davantage mobiliser aujourd’hui que lors du vote de la loi Veil ! Il se félicite également de la prise de position du grand rabbin de France Gilbert Bernheim ! ! Regrettant l’absence d’unité des opposants et leur manque de volonté unitaire, il appelle à manifester à toutes les initiatives et cette démarche unitaire est partagée par Jeanne Smits la directrice de « Présent », l’hebdomadaire de l’extrême-droite catholique intégriste.

4/ Une bataille unitaire à mener pour l’égalité des droits
Le mouvement LGBT, légitime pour impulser une contre-offensive unitaire, s’est d’abord placé dans une démarche de lobbying auprès du ministère de la Justice, du gouvernement en général et des députés socialistes.
Puis depuis début novembre, pour faire face aux manifestations contre le projet, puis pour appuyer les revendications sur l’égalité des droits, le mouvement LGBT s’organise : rassemblement à Paris le 7 novembre rassemblant 2000 personnes malgré le peu de délai de mobilisation, rassemblements à Lille et Nantes la même semaine.
Le 7 novembre, le projet de loi a été déposé à l’Assemblée : il contient la proposition du mariage entre personnes de même sexe, mais aussi permet soit l’adoption conjointe, soit l’adoption de l’enfant du conjoint.
Mais, la PMA, revendication principalement portée par les femmes, est repoussée, Christiane Taubira et d’autres n’étant pas favorables à insérer ces points dans le projet de loi. Ce projet de loi continuera à agiter l’extrême droite et la droite catholiques.
L’UMP, en pleine surenchère liée à l’élection interne, n’est pas en reste : outre la montée au créneau de députés et sénateurs (la palme du plus caricatural étant évidemment décernée à Serge Dassault), J.F Copé a indiqué dernièrement qu’il était favorable « à ce que celles et ceux qui partages [ses] idées » et qui veulent participer aux défilés du 17 novembre (organisés principalement par des personnalités de droite, comme F. BARJOT) « le fassent ».
Empêché par ses meeting, Copé ne s’y rendra pas mais se démarque clairement et affiche ainsi sa conception politique de la droite décomplexée.
Pour obtenir entière satisfaction des revendications justes et égalitaires des familles et couples de même sexe, descendre massivement et unitairement dans la rue permettrait de faire pression sur le pouvoir.
De ce point de vue, à l’intérieur du gouvernement comme sans doute dans le mouvement gay et lesbien, on semble sensible au recul du soutien à cette réforme au sein de la population tel que mesuré par les sondages. Mais, justement, ces derniers ne montrent pas que pour l’instant l’opinion publique ait basculé. Gageons que bon nombre de nos concitoyens et concitoyennes seraient près à s’engager dans le combat pour cette réforme, bien au-delà de la communauté homo, si on venait à les solliciter dans une démarche véritablement unitaire pour faire avancer l’égalité des droits.