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Les skins profitent de renseignements généreux

(Article d' Emmanuelle Veil paru Siné Hebdo n°49 du 12 août 2009).


skin.jpgNouvelle affaire entre l'Etat et la mouvance anarcho-autonome. Des antifascistes de Lille, agressés à la sortie de leur domicile par des crânes rasés, s'interrogent sur d'éventuelles complicités entre les forces de l'ordre et des skinheads. Ils ont déposé cet été une plainte collective contre X "pour avoir divulgué ou s'être procuré illégalement des informations personnelles" censées n'être connues que de la police. L'enquête a été confiée à la police judiciaire et le procureur de Lille, Eric Bedos, avoue n'exclure "aucune hypothèse" (Nord éclair du 25/7/9). Récit de ces faits étranges.

vlaams.jpgL'histoire débute le 23 mai, quelques semaines après les violences policières envers le cortège d'opposants au sommet de l'Otan à Strasbourg. Des antifascistes organisent à Lille, sans autorisation, une manifestation contre "la répression d'Etat". La marche s'achève devant la Vlaams Huis (maison du peuple flamand), un cercle paramilitaire de rasés "100% identitaires". Les jeunes anars vêtus de noir secouent le portail blanc des militants d'extrême droite. La police arrive et place 26 manifestants en garde à vue. Jusque-là, rien d'anormal. Sauf que, le 9 juin, la Maison du peuple flamand poste sur le site Youtube une vidéo stupéfiante: qualifiés de "Bisounours" les 26 interpellés voient leurs noms et lieux de résidence défiler en gros caractères à l'écran, sur la musique du générique de ce dessin animé canadien des années 1980. Comment ces "identitaires" ont-ils pu se procurer les coordonnées personnelles relevées par la police ?

Par miracle : "elles proviennent d'une liste qui a été mise dans la boîte aux lettres de l'association", bafouille l'avocat de la Vlaams Huis (site internet Libé Lille du 28/7/9). Mal à l'aise, les identitaires retirent la vidéo étalant au grand jour les infos de leur corbeau. L'affaire aurait pu en rester là. Mais début juillet, deux étudiants dont l'identité avait été relevée par la police le 23 mai se font agresser à la sortie de leur domicile par un duo d'hommes blancs aux crânes rasés. Ces derniers coursent un garçon aux cris de "black bloc !" et, quelques heures plus tard, , les mêmes (ou leurs sosies) lacèrent le visage et le cou d'une fille avec un opinel, en lui faisant la leçon : "C'est de la prévention. La prochaine fois, j'appuie plus fort. Tu diras à tes petits copains de se calmer et d'arrêter leurs conneries".

Les anarcho-autonomes portent aussitôt plainte et communiquent à la presse leurs soupçons de fuite. Ce n'est pas notre genre, faire appel aux autorités pour se défendre. Mais au moins si on peut faire tomber un flic! Les fascistes dans la police c'et un sujet tabou", expliquent les animateurs du comité de soutien aux victimes de violence d'Etat créé le 1er août. En attendant les résultats de l'enquête, le secrétaire zonal du syndicat de police Alliance (proche de l'UMP) reconnaissait qu' "un membre de la Maison flamande a pas mal de relations, dont certaines seraient "bien placées"(La Voix du Nord du 17//9)".

Le propriétaire de la main ayant glissé dans ladite boîte aux lettres n'est peut-être donc pas un farceur ou un pigeon voyageur.