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Les amis européens des fascistes grecs

(source : ResistanceS.be)

L'émergence des néonazis grecs (6,9 %)
dans un paysage politique atomisé a été saluée martialement par leurs
«camarades étrangers». La Grèce est désormais (re)devenue un modèle pour
les extrêmes droites du continent européen. Pour certains amis en
Europe de l'Aube dorée, la Grèce vit «une situation révolutionnaire» contre la «haute finance» et la «particratie».
Fidèles à la «peur du rouge», jadis agitée par l'ultradroite et la
droite conservatrice des années 1930, d'autres s'alarment cependant de
l'arrivée en deuxième position de la gauche radicale (plus de 16 %).
Tour d'Europe des amis de l'Aube dorée. De Pologne à l'Espagne, en
passant par la France, l'Allemagne, les Pays-Bas…

Par Alexandre VICK (RésistanceS.be)

 

Dans un local régional de l'Aube
dorée. L'extrême droite grecque est désormais incarnée par ses néonazis.
Des modèles pour leurs «camarades européens» ?

Les résultats des élections législatives grecques du 6 mai dernier à peine connus, Nacjonalista
s'est félicité de la victoire de l'Aube dorée (6,9 % des voix). Pour ce
journal «national radical» polonais d'extrême droite, le résultat du
parti grec est d’autant plus exceptionnel qu'il a fait l’objet d'«une
campagne de haine et d'accusations orchestrée par les médias du régime.
Pendant vingt ans, (l'Aube dorée) a dû lutter sans compromis dans
l'esprit de la troisième voie contre le libéralisme et le marxisme, le
capitalisme et le communisme, les traîtres de la gauche et de la droite,
et le lobby sioniste. Aujourd'hui, l'aube se lève sur la grande Grèce
libre et sur l'Europe des Nations libres
». Nacjonalista conclut que le «succès
de l'Aube dorée a naturellement été accueillie avec joie par toutes les
meilleures organisations nationalistes radicales en Europe et dans le
monde
».

Dédiabolisation
Une exception de taille cependant : le
Front national français. La formation de Marine Le Pen ne veut, pour
rien au monde, être associée au parti d'extrême droite hellénique. «Nous
vous précisons que nous n’entretenons aucune relation avec le parti
politique grec ''l’Aube dorée''. Nous n’envisageons évidemment pas d’en
entretenir à l’avenir
», précise Steeve Briois, le secrétaire
général du FN, dans une directive envoyée, dès le 7 mai, à l’attention
des membres du conseil national du parti lepéniste. La consigne est sans
appel. Le Front national français poursuit son opération de
dédiabolisation et tente de montrer qu'il n'a plus aucun lien avec la
droite nationaliste radicale. En septembre 1995, à la fête annuelle
frontiste, à Paris, sur le stand du Front national de la jeunesse se
distribuait pourtant Chrissi Avgi, le journal de l'Aube dorée.
Il y a trois ans, à Milan, lors d'un rassemblement de l'extrême droite
européenne, Bruno Gollnisch, député européen du FN et alors second de
Jean-Marie Le Pen dans l'organigramme du parti, y rencontra un
représentant de Proti Grammi (Première ligne), une formation hellénique
qui s'était auparavant présentée aux élections avec les néonazis de
l'Aube dorée. Depuis, les temps et les stratégies ont changé.

La réaction contextuelle du parti lepéniste n'est pas
partagée par le reste de la «galaxie nationaliste» française. «Encore
une fois,(le FN) se soumet (dé-diabolisation oblige) à la pensée unique
et rejoint le système dans son rejet des mouvements nationalistes en
France comme en Europe», peut-on lire sur le site La Flamme, animé par
Yvan Benedetti
. Président depuis peu de l'OEuvre française (un mouvement néofasciste fidèle à la France du Maréchal Pétain ),
Benedetti écrit même sur Twitter, le 11 mai dernier, que l'Aube dorée
est précisément, contrairement donc à la stratégie adoptée par la
présidente frontiste,  «un exemple de dédiabolisation efficace!».

Yvan Benedetti est un dirigeant bien
connu de l'extrême droite pure et dure française. Il y a plus d'un an,
il avait conduit la campagne du député européen Bruno Gollnisch pour
l'élection présidentielle du Front national. Après la victoire de Marine
Le Pen
en janvier 2011, Yvan Benedetti a été exclu du FN, à l’instar
d'autres radicaux, considérés par Marine Le Pen, et ses lieutenants les
plus fidèles, comme trop sulfureux pour le nouveau profil imposé au FN.

Rencontre de l'extrême droite
européenne en 2009, à Milan (de gauche à droite) : les députés européens
Bruno Gollnisch (alors numéro deux du Front national français) et
Roberto Fiore (secrétaire général du parti néofasciste italien Forza
nuova), Stratos Karanikolau (représentant du parti greco-chypriote Proti
Grammi, qui s'était associé aux élections de 1999 avec les néonazis de
l'Aube dorée) et Simon Darby (le dirigeant adjoint du British national
party, BNP).

«Militants de race blanche»
Dans un article du site Vox NR,  titré «La Grèce est notre avenir», il est constaté que suite aux résultats des législatives grecs, «l’insistance
des commentateurs sur le succès relatif d’''Aube dorée'', un
groupuscule vite qualifié de ''néo-nazi'', n’est sans doute pas
fortuite. Le prétexte est parfait pour jouer sur les réflexes
conditionnés et l’inquiétude de la  ''communauté internationale''
(vieille connaissance) pour influer vigoureusement sur le cours des
choses
». Vox NR (pour Nationaliste-révolutionnaire) est un média
coanimé par Christian Bouchet, un activiste de longue date de la
mouvance NR et actuel membre du FN français. Il était encore présent le
premier mai dernier, à Paris, à son défilé annuel.

L'hebdomadaire d'extrême droite Rivarol, à
l'antisémitisme à peine masqué et affichant sa nostalgie de la dictature
pétainiste régnant en France durant la Deuxième Guerre mondiale, va
pointer à propos de l'Aube dorée que: «le programme du parti est simple : ''La Grèce aux Grecs'' et il n’accepte que des militants de race blanche dans ses rangs». Ce qui évidemment ne semble provoquer aucun soucis pour la rédaction de Rivarol, elle même engagée dans un combat similaire pour la «sauvegarde de l'Europe blanche».

Sur son blog Thomas Loly, le secrétaire général du Parti de
la France (PdF, une dissidence du FN français conduite par Carl Lang,
son ex-numéro trois sous la présidence de Jean-Marie Le Pen), estime que
le bon score de l'Aube dorée représente une bonne nouvelle. Le PdF
avait jusqu’alors des liens avec Laos, le parti grec d'extrême droite
qui avait participé au gouvernement de «salut national» imposé, en
novembre de l'année dernière, par la troïka européenne et le trio
Sarkozy-Merkel-Barosso. Payant sa participation au plan d'austérité, le 6
mai dernier, Laos a subi une défaite électorale de grande ampleur,
passant de 5,6 % à 2,9 %. Il n'est depuis plus représenté au parlement
et a par la même à perdu le leadership du «mouvement nationaliste» grec
au profit de l'Aube dorée.

Vives félicitations
Lors du premier «banquet
patriotique» du Renouveau français (RF, organisation d'action
national-catholique traditionaliste néofasciste ) du 12 mai dernier, un
des représentants de l’Aube dorée fut invité à prendre la parole. Furent
aussi invités à s’exprimer ce jour là Jérôme Bourbon, le directeur du journal Rivarol  ,
Alain Escada, le secrétaire général de l’Institut Civitas (bras
politique des intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ),
Alberto Torresano, le responsable international des phalangistes
espagnols, et Jens Pühse, le délégué du Nationaldemokratische partei
Deutschlands (NPD), le Parti national-démocrate allemand issu, malgré
son nom «politiquement correct» de la mouvance néonazie germanique. 

Comme l'Aube dorée et le NPD, le Renouveau français fut
membre du Front national européen (voir l'encadré ci-dessous). Dès le
lendemain de la victoire du parti néonazi grec, il était possible de
lire sur le site du RF : «Le Comité directeur du Renouveau français
adresse ses vives félicitations au mouvement nationaliste l’''Aube
dorée'' (…). Partenaire du Renouveau français depuis des années,
l’Aube dorée a montré qu’un nationalisme sans concession, défiant
radicalement le Système politico-mediatique, pouvait, à force de
travail, obtenir des résultats concrets et prometteurs
».

Front national européen (FNE)
Les relations de l'Aube dorée en Europe

L'Aube dorée a été durant un certain laps de temps
membre du Front national européen (FNE), une structure apparue en 2004
et qui depuis lors a disparu. Dans l'objectif de défendre l'Europe
chrétienne et ses populations «homogènes», le FNE a regroupé des partis,
des groupes et des mouvements néofascistes actifs dans plusieurs pays. Y
furent membres : le NPD allemand, la Nationale alliantie hollandaise,
le parti italien Forza nuova (Force nouvelle), la Falange Española, la
Noua Dreapta roumaine (Nouvelle droite), l'organisation
national-catholique Renouveau français, l'organisation polonaise
Narodowego odrodzenie polski (Renaissance nationale de la Pologne),
l'Union panukrainienne «Liberté» (en Ukraine)… Le dirigeant du front
national européen était Roberto Fiore, député européen et secrétaire
général du parti néofasciste italien Forza nuova.

L'Aube dorée en était sa
section grecque. Aujourd'hui, la formation néonazie a toujours des
contacts avec certains de ses anciens partenaires du Front national
européen. Le 12 mai dernier, un de ses représentants en déplacement en
France pris la parole au premier «banquet patriotique» du Renouveau
français, avec d'autres figurent importantes de l'extrême droite
française, allemande et belge. 

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Orateur du mouvement néofasciste roumain Noua Dreapt?, durant une manifestation de l'Aube dorée à Athènes en janvier 2006.

Le périodique Synthèse nationale écrira à propos de la Grèce : «la
droite nationale, radicale et identitaire fait son entrée au Parlement
d'Athènes avec quelques 7 % des suffrages (contre 0,30% au dernier
scrutin) et 21 élus. C'est que le parti Chrysi Avghi (Aube Dorée) de
Nikos Mihaloliakos a mené une campagne nationaliste et identitaire
contre tous les formes de mondialismes, sans concession aucune au
politiquement correct comme avait choisi de le faire le parti
patriotique Laos, qui ayant joué la carte de la dédiabolisation n'a
recueilli que 2,90 % des voix. Un beau succès pour nos amis et camarades
grecs : une "aube dorée" se lève sur l'Acropole !
"».

Synthèse nationale est une publication éditée par des responsables du mouvement Nouvelle droite populaire (NDP ), une autre dissidence du Front national. La NDP et Synthèse nationale sont
des partenaires du Parti de la France, dans le cadre de l'Union de la
droite nationale, un cartel électoral alternatif concurrent du FN de
Marine Le Pen.

Peur du rouge
Pierre Vial, membre de la
direction de la NDP et président-fondateur du mouvement identitaire
européen Terre & Peuple, a salué en filigrane, dans les premiers
mots de son discours, la victoire de ses camarades grecs, le 13 mai
dernier à l’occasion de la dernière manifestation annuelle de l'extrême
droite radicale française à Paris.

Sur le blog de la section Normandie du mouvement Troisième
voie (allié aussi à la NDP, mais dont le dirigeant, Serge Ayoud,
entretient des relations fraternelles confidentielles avec Marine Le
Pen
), il est écrit : «un moi (sic) de mais (resic) qui commence avec
8 % (sic) de voix pour l'Aube Dorée (nom de circonstance!), ne peut que
présager un printemps magnifique. Le soleil revient, le balancier
entame sa course dans l'autre sens, la Grèce, berceau de la civilisation
européenne, nous montre la voie
».

Une sympathie à l'Aube dorée est également exprimée dans Le National Émancipé,
un journal publié sous la houlette du Parti solidaire français, un
groupuscule néofasciste provocateur qui apporte un soutien indéfectible à
Dieudonné (, candidat à Dreux aux prochaines élections législatives de juin sous les couleurs du Parti antisioniste).

Pour sa part, Polémia, un club huppé de
réflexion idéologique au service des nationaux et des identitaires
français (proche un temps du Bloc identitaire ), décrit l'Aube dorée comme étant un simple «mouvement
populiste d’extrême droite qui est implanté depuis des années dans les
faubourgs des grandes villes et qui a déclaré la guerre aux prières de
rue (NDLR : de musulmans), en particulier à Athènes
». Encadré
notamment par d’anciens idéologues du Front national et du Mouvement
national républicain (MNR, une dissidence frontiste), le club Polémia
semble bien plus inquiet de l'arrivée en seconde position (après les
conservateurs de la Nouvelle démocratie) de Syriza (16,7 %), le bloc de
la gauche radicale, «qui regroupe, outre (des communistes traditionnels), des trotskystes, des maoïstes… et des écolo-communistes».
Un constat : la «peur du rouge» est de retour dans les rangs de
l'extrême droite et de la droite national-conservatrice. Comme jadis,
dans les années 30.

«Vers la Révolution nationale»
Ailleurs en Europe, le
score historique de l'Aube dorée est encore salué par d'autres
«camarades européens». Dès le lendemain des élections, Holger Apfel, le
chef du Nationaldemokratische partei Deutschlands (NPD), s'est empressé
de féliciter le dirigeant du parti-frère grec. Depuis 2005, le NPD et
l’Aube dorée entretiennent des relations privilégiées, notamment au sein
du Front national européen.

En Italie, Forza nuova (FN, Force nouvelle) s'est également
réjoui de la victoire des Grecs de l'Aube dorée. Pour ce parti d'extrême
droite (fondé par des activistes impliqués dans la «stratégie de la
tension» qui déstabilisa l'Italie dans les années 1970 ), la «Grèce vire vers la Révolution nationale».
Le secrétaire national de Forza nuova, Roberto Fiore (qui fut le
dirigeant du Front national européen), estime que l’État grec «pourrait sortir des griffes de la finance internationale dans peu de jours et se trouver dans une situation révolutionnaire».
Dans un communiqué repris par Forza nuova, Stratos Karanikolaou
(responsable des relations internationales du «Front national populaire»
ELAM (Ethniko Laiko metwpo), une formation politique chypriote
nationaliste liée directement à l'Aube dorée) mentionne : «avec un
leader charismatique, Nicolaos Micaloliakos, les nationalistes de l'Aube
dorée sont passés de 0,29 % en 2009 à près de 7 % trois en plus tard.
Ce résultat incroyable est un signe encourageant pour tous les
nationalistes européens qui luttent contre la décadence de notre
continent
».


«Grotesques», mais sérieux réveil

Pour sa part, le Movimiento social republicano (MSR, Mouvement social républicain), actif en Espagne, «estime
(que le succès électoral d'Aube dorée), indépendamment des différences
idéologiques, signifie une dynamique protestataire et un signe de
changement contre la particratie et les élites économiques
».

Pour la Falange Española de las JONS (Juntas de Ofensiva
Nacional-Sindicalista) -un des groupes issus de la Phalange espagnole,
le parti unique de la dictature franquiste- si les néonazis de l'Aube
dorée sont considérés comme des individus «grotesques» (sic), leurs bons scores aux élections, à l'instar de ceux de la gauche radicale et communiste (plus 31 %), signifient «le désespoir des Grecs». Pour les phalangistes d'Espagne, le résultat des élections législatives grecques doivent être considérées comme «un
sérieux réveil pour l'Union européenne qui n'a proposé qu'un brassage
(ethnique ?) à la merci des conceptions de la haute finance
».

La Nederlandse Volks-unie (NVU, Union populaire hollandaise) voit dans le succès inédit de ses camarades grecs un «merveilleux» signal annonçant «que les cartes de l'Union européenne, lentement mais sûrement, sont en train de s'effondrer». Pour ce groupuscule néonazi batave, lié depuis sa création à l'un des idéologues historiques du Vlaams Belang, Roeland Raes , l'Aube dorée est le premier «parti de droite radicale qui revient au parlement grec après quarante ans d'absence».
Comme la plupart des partis et organisations d'extrême droite déjà
cités dans cet article, la NVU hollandaise ne manifeste donc aucune
affiliation pour Laos, le parti qui incarnait jusqu'aux dernières
élections législatives la droite nationaliste grecque.

Congrès de fondation du Parti de
la France (PdF), le 8 novembre 2009. A la table d'honneur se trouve
Makis Voridis, dirigeant et futur ministre en 2011 du parti grec Laos
(deuxième de face en partant de gauche), avec Carl Lang
(président-fondateur du PdF), Frank Vanhecke (président du Vlaams Belang
de 1996 à 2008
),
Bernard Antony (dirigeant de l'extrême droite national-catholique
française), Robert Spieler (membre de la direction du mouvement Nouvelle
droite populaire et chroniqueur du journal Rivarol)…


Dédiabolisation ou sans masque
Ce petit tour d'Europe, non-exhaustif,
démontre que la percée électorale de l'Aube dorée est reçu comme un
signal encourageant pour diverses formations et mouvements d'extrême
droite installés un peu partout sur le continent européen. Lorsque
l'Aube dorée était encore inconnu du grand public, dans les années 1980,
ce groupuscule politique grec n'entretenait alors à l'étranger que des
liens exclusifs avec des groupuscules néonazis, comme le Parti
nationaliste français et européen (PNFE), une minuscule formation
«folklorique» du panthéon «national-socialiste» qui rassemblait un
véritable fan club poussiéreux de disciples d'Adolf Hitler.

Parmi les responsables du PNFE se trouvait le négateur-néonazi et fondamentaliste chrétien Vincent Reynouard (), aujourd'hui protégé par Jérôme Bourbon, directeur de l'hebdomadaire Rivarol et membre de l'OEuvre française d'Yvan Benedetti. Deux actuels admirateurs français de l'Aube dorée.

Depuis son apparition, improbable il y a
quelques mois encore dans le paysage électoral de la Grèce à la dérive,
le parti néonazi Aube dorée est devenu une référence pour une bonne
partie de l'extrême droite européenne. Un modèle à suivre. Y compris,
pour celle animée par des «rénovateurs» et des «réformistes». Cet élan
de sympathie européen démontre que le naturel (idéologique) revient
toujours au galop.

La nocivité de la droite radicale
(nationaliste et identitaire) pour les libertés collectives et
individuelles reste à l'ordre du jour. Plus que jamais. En Grèce, comme
partout en Europe.

Alexandre VICK
Membre de la rédaction de RésistanceS.be