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Le Pen annexe les abstentionnistes

Chronique de Michel Soudais de "Politis"

« Sans états d’âme », Jean-Marie Le Pen refuse de favoriser Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal le 7 mai et demande à ses électeurs de « s’abstenir massivement ». Devant 4.000 à 5.000 partisans, rassemblés place de l’Opéra, après le traditionnel défilé du parti d’extrême droite en l’honneur de Jeanne d’Arc, le président du Front national a en revanche appelé ses ouailles à s’engager « à fond dans la campagne législative pour prendre sur [l’UMP et le PS] leur légitime revanche ».

« Nous ne devons prendre aucune responsabilité dans le choix du 7 mai », a déclaré Jean-Marie Le Pen, dix jours après sa chute spectaculaire au premier tour de la présidentielle. Pour le chef de l’extrême droite, les deux candidats qui restent en lice, « bonnet rose et rose bonnet », sont les « réprésentants officiels des des partis et des politiques qui en 30 ans ont amené la France (…) au bord du gouffre ».

« Pour que notre geste soit efficace et comptabilisé comme tel, a précisé Jean-Marie Le Pen, j’invite les électeurs qui m’ont fait confiance à n’accorder leurs suffrages ni à Madame Royal, ni à Monsieur Sarkozy et à s’abstenir massivement, se réservant pour le 1er tour des élections législatives les 10 et 17 juin. » Une consigne qui ne pouvait que satisfaire les sympathisants, venus ce 1er mai, battre le pavé parisien. Les slogans du défilé « Sarko Ségo que du pipeau », « On veut Le Pen pas Ségolène, Jean-Marie pas Sarkozy » disaient assez bien l’humeur du défilé, où les militants, avant même la consigne du chef, étaient nombreux à afficher leur intention de voter blanc ou s’abstenir.

Jusqu’ici, un quart des électeurs du Front national étaient enclin à s’abstenir, selon les sondages. Ils étaient aussi plus nombreux à envisager de reporter leur vote sur Nicolas Sarkozy que sur Ségolène Royal. La consigne du président du FN, si elle est suivie (même imparfaitement) est donc une mauvaise nouvelle pour le candidat du parti au pouvoir. Tout au long de son discours, Jean-Marie Le Pen n’a d’ailleurs pas ménagé l’ancien ministre de l’Intérieur, un « illusionniste (…) surfant sur le triomphe des idées du FN » [1], le citant douze fois (sans compter les leçons ironiques adressées par l’ancien député le vétéran de la présidentielle à « Nicolas ») alors que sa rivale n’était citée que quatre fois.

La consigne de Jean-Marie Le Pen n’est pas dénuée d’habileté. Aucune autre formation politique n’ayant appelé cette année à l’abstention (pas même Lutte ouvrière), le Front national espère ainsi se refaire une petite santé : parions que dimanche il revendiquera la paternité de l’abstention. Voilà qui devrait embarasser ceux qui, à gauche toute, s’obstine à ne faire aucune différence entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

P.S. : Cet après-midi, j’étais à Charléty au concert-meeting de soutien à Ségolène Royal. Un succès énoooorme dont je rendrai compte le plus tôt possible demain matin avec de nombreuses photos. A très bientôt donc.

 

[1] Sur le fait que Nicolas Sarkozy ait repris une part du fond de commerce de l’extrême droite, on ne donnera pas tort à Jean-Marie Le Pen. Nous l’avons d’ailleurs écrit ici et ici.