Dernières Nouvelles
Vous êtes ici: Accueil » Actualités Nationales » Juppé capitule devant les nostalgiques de la colonisation.

Juppé capitule devant les nostalgiques de la colonisation.

fanon(Article de Rosa Moussaoui «  Juppé renonce à une ruelle Frantz Fanon », l’ Humanité, du 11 février 2019)

Ce n ‘était pas un boulevard : juste une discrète ruelle. Jeudi, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a décidé de « surseoir » à l’inscription du nom de Frantz Fanon dans l’ espace public.
Au mois de décembre, le conseil municipal avait entériné le choix de donner à une sente du nouveau quartier Ginko, dans le nord de la ville, le nom du psychiatre martiniquais, figure de la résistance à l’ oppression coloniale et combattant de l’ indépendance algérienne.
Il n’ en fallait pas davantage pour provoquer l’ un de ces déchaînements de haine dont se repaissent les nostalgiques de la colonisation. Depuis le marigot du site internet Riposte laïque, c’ est l’ élu RN François Jay qui a donné le signal de la curée, en dénonçant l’ hommage «  à un homme qui a pris, il y a soixante ans, fait et cause pour le terrorisme algérien ».
Assimiler la lutte de libération algérienne à une entreprise terroriste, mettre le médecin chef de l’ hôpital de Blida, penseur de l’ émancipation humaine, dans le même sac que Daesch : l’ ignorance et la nigauderie le disputent ici à la falsification historique.
Les vociférations de quelques extrémistes excités ont pourtant suffi à faire reculer Juppé.
« Aujourd’hui, le choix du nom de Frantz Fanon sucite des incompréhensions, des polémiques, des oppositions que je peux comprendre », explique, complaisant, l’ édile.
A Bordeaux, ancien port négrier, les noms des opulentes fortunes bâties sur le commerce du « bois d’ébène » dessinent une toponymie urbaine oublieuse. Colbert, l’ auteur du Code noir, a sa rue. Tout comme Faidherbe ou Galliéni, grands massacreurs coloniaux.
Et le scandale serait, dans cette géographie, le nom d’ un combattant de la liberté ?
Fanon voulait restaurer l’ humanité là où elle a été déniée. Cet horizon politique impliquait, pour lui, de guérir le colonisé et de découvrir l’ homme derrière le colonisateur.
Seul quelque esprit rance peut trouver là matière à polémique.