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Gilbert Collard ou l’ élégance de la veste retournée

(source : RésistanceS.be)

collard.jpgSi vous cherchez le sens du vent, il vous l'indiquera.
Après trente années de militantisme politique, le 17 juin dernier
Gilbert Collard savourait enfin sa  victoire  : il était élu député de
la deuxième circonscription du Gard sous les couleurs du «Rassemblement
Bleu Marine» soutenu par le Front national. L'avocat médiatique, élève
dès l'âge de 8 ans chez les pères maristes de l'Institution Sainte-Marie
à La Seyne-sur-Mer (Var), se souvient «en être sorti avec un très
mauvais souvenir. Mais maintenant, un très bon. Quand on avait un
contentieux avec un camarade, on devait le régler sur un ring de boxe,
pendant une fête de division. Cela nous apprenait la confrontation,
c'était une manière loyale de régler les conflits. Cela codifiait la
violence».

Enfant d'une famille bourgeoise, il grandit
au château de la Madone à Marseille. Son père, maurassien, était membre
des Camelots du Roi et aurait été l'ami de Léon Daudet. «Mon père m'a
fait lire Maurras, Marx, j'ai lu Bainville, Jaurès, Proudhon…»
étale-t-il volontiers. Après la faculté de droit à Aix-en-Provence, il
devient avocat et installe son cabinet à Marseille, un cabinet  devenu
depuis une puissante machine bien rodée, éminemment lucrative, dont la
vitrine est la forte teneur médiatique de «Maître Collard», toujours
animateur de l'émission «Les Grandes Gueules» sur RMC, et qui, malgré
son mandat de député, ne compte pas abandonner sa profession d'avocat.


Socialiste, trotskiste…

Le parcours politique sinueux
de Gilbert Collard commence au Parti socialiste où, dès 1981, il entre
au comité de soutien de François Mitterrand. Mais pour la présidentielle
de 1988, son appui va plutôt à l'extrême gauche trotskiste, puisqu'il
soutient Pierre Boussel, le candidat du Mouvement pour un parti des
travailleurs (MPPT).

Filmé dans le clip de campagne de Pierre
Boussel
, Collard condamne à l'époque les centres de rétention pour
étrangers. Sur un ton solennel, dans une archive disponible à l'INA
(Institut national de l'audio-visuel), il proclame  : «Je suis ici en
tant que témoin. Je crois qu'à l'heure actuelle, sans que les gens s'en
rendent bien compte, les droits de l'homme sont en danger. Comme partout
on cherche, sur les mécanismes de la peur et de l'inquiétude, à gagner
des voix. On peut se demander si ces hommes, ces femmes, ces enfants
entassés dans ces cimetières de béton, que sont les centres de
rétention, et qui subissent l'expulsion comme on subit l'humiliation, ce
n'est pas plus la raison d'Etat racoleuse que la justice».

Deux ans plus tard, membre du secrétariat
national du MRAP (Mouvement contre le racisme), au moment où il défend
un négationniste, il est exclu en même temps qu'il démissionne du
mouvement. Ce qui ne l'empêche pas de soutenir les «Premières Assises en
défense de l’immigration» du Comité national pour la défense des
travailleurs immigrés. Fustigeant alors le «vocabulaire microbien» de
Jean-Marie Le Pen, il n'est pas encore le champion de la préférence
nationale frontiste. Pour autant «j'étais pro-Algérie française durant
ma jeunesse» affirme-t-il, expliquant sa position par la rencontre de
pieds-noirs hébergés par sa famille durant l'été 1962.


Radical et chiraquien
Cultivant une vieille rancœur
contre Bernard Tapie, Collard quitte d'abord le PS en 1992 lorsque
l'ancien dirigeant de l'Olympique de Marseille entre au gouvernement.
Puis il soutient le RPR Hervé Fabre-Aubrespy, adversaire de Tapie aux
législatives dans les Bouches-du-Rhône. En 2001, après un passage à
gauche et à l'extrême gauche, Collard s'affiche clairement à droite, en
étant candidat à l'élection municipale de Vichy. Battu, il ne siègera
jamais au conseil municipal. En 2005, dans une interview à France Soir,
il s'affirme cette fois «radical et chiraquien». Puis en 2008, de
nouveau candidat à Vichy sous l'investiture Nouveau Centre, il prend une
déculottée électorale et arrive troisième, en appelant à voter pour le
Parti Radical de Gauche.

Trois ans plus tard, en mai 2011, il déclare
sa flamme aux thèses frontistes et préside peu après le comité de
soutien de la candidature d'extrême droite de Marine Le Pen. Cette fois,
même s'il ne s'encarte pas, il jure être «mariniste».


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Janvier 2012, lors d'un meeting,
Gilbert Collard au coeur du dispositif de dédiabolisation du Front
national de la famille Le Pen – Photo DR


Anarchiste de droite chez les lefebvristes

Extrême gauche, gauche, droite,
extrême droite : Gilbert Collard, qui changera même de tablier en
passant de  la Grande Loge de France à la Grande Loge nationale
française, aura goûté à toutes les cuisines électorales. Depuis son
arrivée dans le giron du FN, Collard se définit désormais volontiers
comme «anarchiste de droite», une posture d'aristocrate des temps
modernes, à peine voilée par la fumée bleue des cigares qu'il aime
fumer.

Son premier coup d'éclat au sein du FN, ce
fut à Nice, lors des journées d'été du parti, en septembre 2011. Lors de
son discours, il multiplia les effets de manche et emperla petites
phrases et calembours pour le bonheur des journalistes et des militants.
Vingt ans après son attaque de Jean-Marie Le Pen, Collard réalisait en
virtuose un acrobatique tête-à-queue rhétorique, pour balayer la
poussière du passé, et rendre hommage au fondateur du FN, Jean-Marie Le
Pen
, qui «en pleine guerre, a quitté le Parlement où l’on parle pour
aller se battre où l’on meurt». Il fut longuement ovationné.

Aujourd'hui, Gilbert Collard n'a pas non plus grand scrupule à prendre position en faveur des lefebvristes .
Dans une interview donnée en décembre 2011 à la revue
nationale-catholique Nouvelles de France, il affirmait : «Moi, je suis
allé pour la première fois à une messe à Saint-Nicolas-du-Chardonnet :
en voilà, des curés ! Ils ne doivent pas tricoter dans leur séminaire.
Parce que le sermon que j’ai entendu, c’était un vrai sermon. Eux, au
moins, ils savent parler aux gens. Ils ont le fond et la forme».

Concernant Gilbert Collard, on retiendra
surtout la forme, élégante, que lui confère sa veste réversible. Ils
sont désormais trois députés d'extrême droite (*) à siéger au Palais
Bourbon, dont deux du «Rassemblement Bleu marine».

Jean-Baptiste Malet

[Article publié dans le journal français
GOLIAS HEBDO, n° 243, du 28 juin au 4 juillet 2012. Republié sur
RésistanceS.be avec l'aimable autorisation de son auteur et de cette
publication, l'un de nos partenaires en France].

(*) Gilbert Collard et Marion
Maréchal-Le Pen
, pour le Front national, et Jacques Bompard,
ex-dirigeant-fondateur du FN français, maire de la ville d'Orange, élu
sous les couleurs de la Ligue du Sud, une formation électoraliste
regroupant plusieurs tendances différentes d'extrême droite, souvent en
opposition avec le parti de Marine Le Pen.