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Europe: comment l’ extrême droite profite de la crise

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( par Yann Mens d' Alternatives internationales)

En Norvège, en Suisse, en Autriche, ils récoltent plus de 20 % des
voix aux élections législatives. En Finlande, ils les frôlent. Au
Danemark, en Hongrie, aux Pays-Bas, ou en France à la présidentielle,
ils gravitent autour des 15 %. A peu près partout en Europe, ils gagnent
vite du terrain. La crise alimente ces partis que l'on a du mal à
désigner.

Extrême droite ? Certains en sont issus, tel le Front
national. D'autres sont les héritiers de partis ruraux conservateurs, de
mouvements anti-impôts ou de séparatismes régionaux.

Droite extrême ? A
coup sûr. Car ils convergent vers un même discours populiste et
xénophobe qui, sans armer le bras meurtrier d'Anders Breivik,
ex-militant du Parti du progrès norvégien, lui a au moins fourni son
cadre idéologique d'origine. De cette rhétorique, certains postulats
sont anciens. Celui qui veut que le peuple des " petits " soit sain,
tandis que les élites, les " gros ", sont corrompues. Celui aussi qui
nie les différences de classes sociales. D'autres, plus récents,
témoignent du glissement d'un racisme fondé sur l'apparence physique à
un nationalisme culturel exacerbé. Aux yeux des populistes, le peuple
partage une identité unique héritée du passé et aux traits invariants.
Un double péril le guetterait. De l'Union européenne d'abord qui en
collusion avec les " gros " annihilerait sa souveraineté. De
l'immigration surtout qui saperait son Etat-providence par la pression
exercée sur les dépenses sociales dont il faudrait donc priver les
travailleurs étrangers, et qui menacerait ses traditions, ses libertés à
travers l'influence de l'islam.

Défenseurs des femmes

Ce
discours séduit notamment parce qu'il fait écho aux souffrances de
milieux ouvriers victimes de la désindustrialisation. Mais il fonctionne
aussi bien en Suisse où le chômage est faible et les étrangers sont
européens. Sa rhétorique est d'autant plus
difficile à combattre qu'elle retourne contre ses adversaires leurs
propres armes. Longtemps, les populistes alors proches du petit patronat
furent ennemis de l'intervention de l'Etat dans l'économie. Avec la
crise, certains se transforment en ardents promoteurs d'une puissance
publique protectrice, à l'instar de Marine Le Pen .
La gauche exaltait le respect de la différence ? La droite extrême le
récupère : que chacun reste (ou rentre) chez soi pour demeurer lui-même.
La laïcité ou les droits de la femme deviennent des armes pour
stigmatiser les musulmans.

Tout cela ne fait pas un programme de
gouvernement. Mais beaucoup de ces mouvements ne cherchent pas (pour
l'instant ?) l'exercice direct du pouvoir dont les inévitables compromis
risquent d'aliéner l'électorat. Les plus habiles se contentent de peser
assez au Parlement pour contraindre des partis de gouvernement en quête
de majorité à voter de nouvelles lois contre l'immigration .
Ou utilisent le référendum pour contourner les élus. Ils posent ainsi
dans nos institutions des pierres qu'il sera de plus en plus difficile
de retirer.

C'est leur première victoire.