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Avis de tempête au FN

lepenLe président d’honneur du FN est rompu au jeu de la récidive. Il a été condamné 18 fois dont 9 pour « apologie de crimes de guerre ». Pour sa dernière saillie, il a choisi Rivarol. Choix qui est loin d’être anodin.

Fondé en 1951 par René Malliavin et Maurice Gaït (ancien directeur de cabinet en 1942-1943 d’Abel. Bonnard ministre de l’Education dans le gouvernement de Pétain ), Rivarol « l’hebdomadaire de l’opposition nationale à l’avant-garde du révisionnisme » est aujourd’hui la plus ancienne publication d’extrême droite en France. François Brigneau (ex-milicien , ex-Ordre nouveau, ex-Parti des forces nouvelles, ex-FN) avait salué, en fin connaisseur, la naissance de Rivarol : « On nous avait enterrés et grâce à Rivarol nous renaissions. » Le journal est un lieu de rencontre des diverses tendances de l’extrême droite : fascistes, vichystes, collaborationnistes, pro-franquistes, pro-salazaristes, catholiques intégristes, négationnistes, complotistes et supporters d’Alain Soral et de Dieudonné. L’ensemble du catalogue idéologique de l’extrême droite se retrouve dans ses colonnes .

Quant aux deux interviewers de Jean-Marie Le Pen : Jérôme Bourbon est proche de l’ Oeuvre française et Robert Spieler, ex-député frontiste, est actuellement dirigeant d’un groupuscule, la Nouvelle Droite populaire. Tous deux ont soutenu Bruno Gollnisch dans sa course à la présidence du FN et sont des antimarinistes virulents. Ils ouvrent Rivarol à Yvan Benedetti (ex-Oeuvre française), à Carl Lang (Parti de la France), au Renouveau français et à Robert Faurisson, chef de file des négationnistes. Jérôme Bourbon dénonce l’entourage de la « gourgandine » Marine Le Pen, composé « d’invertis notoires, d’arrivistes et d’enjuivés ». Comme Jean-Marie Le Pen, il s’oppose à la stratégie de « dédiabolisation » menée par Marine Le Pen, véritable «déculottage devant l’adversaire ». Rivarol se montre très accueillant vis-à-vis de Jean-Marie Le Pen.

Jean-Marie Le Pen docteur ès provocations

En 2005, il déclare dans l’hebdomadaire que « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine ». En 2014, il s’y explique après sa sortie sur « la fournée ». Sur bon nombre de points, Rivarol et lui-même sont sur la même longueur d’ondes : soutien à Pétain, question de la démocratie , le « détail », le rôle de la franc-maçonnerie, d’un « certain lobby », la dédiabolisation dans laquelle le FN risque de perdre son âme, l’Europe boréale et le monde blanc… Jean-Marie Le Pen, qui déclare : « Je ne suis pas homme à ramper », persiste et signe et prouve, une fois de plus ( mais il n’est plus besoin de le démontrer) son ancrage. Rivarol en remet une louche, en dernière page, sous la plume d’Hannibal (Martin Peltier, ex-journaliste à National Hebdo, ancien journal du FN). Il écrit ainsi qu’il « faut briser la pression mentale » et « sauver le poète Le Pen », car ajoute-t-il, « on a besoin de grands rebelles divagants ».

Marine Le Pen patronne du FN

Sa réaction ne s’est pas faite attendre. Elle dénonce « la stratégie de terre brûlée, le suicide et l’irresponsabilité politiques » du patriarche. Son staff a fait corps derrière elle. Seul Bruno Gollnisch considère qu’il y a compatibilité entre le FN et la liberté d’expression de Jean-Marie Le Pen. Par ses déclarations, le père jette une peau de banane sous les semelles de sa fille. Cependant, ses propos ont peu d’impact sur les nouveaux adhérents du FN-RBM (Rassemblement bleu marine). Pour eux et pour la direction mariniste, ni Pétain ni la Deuxième Guerre mondiale ne sont pas à l’ordre du jour. Pour eux, c’est du domaine de l’Histoire et ce qui compte, dans la perspective d’une arrivée au pouvoir, c’est que le FN parle de l’essentiel et réponde aux préoccupations quotidiennes des Français : chômage, immigration, islamisation, insécurité, pouvoir d’ achat… comme le déclare Florian Philippot.

Jean-Marie Le Pen est convoqué devant les instances frontistes, il a dû céder sa place de tête de liste pour les prochaines élections régionales en PACA à l’« étoile montante du FN », Marion Maréchal-Le Pen. Privé de discours à la manifestation du 1er mai, regardant le ciel, il s’est écrié : « Au secours ! » Jeanne d’Arc va-t-elle l’entendre ?

Sa marginalisation a de nombreux avantages pour le « nouveau FN » et représente un atout pour mener à bien la politique de normalisation d’un FN toujours assimilé au révisionnisme et à l’antisémitisme (cf. les difficultés rencontrées pour former un groupe à Bruxelles), tourner une page et devenir de plus en plus respectable en prenant ses distances avec celui qui représente l’« incarnation du Mal absolu ». Les sondages semblent aller dans ce sens. En novembre 2014, pour un Français sur deux, Jean-Marie Le Pen était considéré comme un obstacle pour la conquête du pouvoir par le FN. Une fois l’agitation passée, le soufflé va retomber et le FN va poursuivre sa politique de « lissage » de son discours et sa pêche aux voix et aux électeurs de l’UMP. Ces tensions entre le fondateur et l’actuelle présidente du FN dépassent largement une affaire de famille et de bisbilles entre celui qui se considère toujours comme le propriétaire et la gérante de la PME frontiste. Elles traduisent un problème de fond et l’opposition de deux stratégies (diabolisation / dédiabolisation).

Marine Le Pen se place dans l’optique de la conquête du pouvoir en 2017, ce qui n’a jamais été le cas pour Jean-Marie Le Pen qui a toujours préféré les estrades parlementaires et une posture protestataire à une éventuelle arrivée aux affaires.

« Mains propres et tête haute » : de la théorie à la pratique, attention à la marche !

« Copains comme coquins », ce n’est pas le nouveau slogan frontiste, mais le dernier avatar pour le FN. Les ex-gudards de l’entourage de Marine Le Pen, qui tiennent en partie les cordons de la bourse, font l’objet de poursuites judiciaires pour surfacturation des kits de campagne obligatoires et vendus aux candidats lors de campagnes électorales (2011-2012). C’est le cas de Frédéric Chatillon et de sa société Riwal et d’Axel Loustau, trésorier de « Jeanne », le microparti de Marine Le Pen. Chatillon a été gratifié de plusieurs mises en examen pour « faux et usage de faux, escroquerie et financement illégal de parti politique ». Quant à son compère Loustau, il a été mis en examen pour « escroquerie » et la liste n’est pas close… Jean-Marie Le Pen n’est pas en reste. Comme le souligne Le Canard enchaîné, Le Pen applique le programme du FN, il quitte la zone euro pour la Suisse. Selon Médiapart, le président d’honneur du FN a été bénéficiaire économique d’un « trust » géré en Suisse par son majordome, Gérald Guérin, conseiller régional PACA , assistant parlementaire de Marie-Christine Arnautu à Strasbourg et trésorier de l’association de financement des campagnes de Jean-Marie Le Pen, la Cotelec. Le FN se trouve aussi empêtré dans une affaire d’attachés parlementaires à Strasbourg qui dans les faits sont employés par le parti. Le FN donne à son tour dans l’emploi fictif… Comme le disait le slogan « Mains propres et tête haute »…

Jean-Paul Gautier, historien, dernier ouvrage paru : « De Le Pen à Le Pen, continuités et ruptures » Syllepse