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Comment le FN veut s'en prendre à nos retraites |
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| 06-06-2010 | |
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Le FN garde le cap : le système des retraites est subordonné au travail. Il faudra donc travailler plus, plus tôt et plus longtemps pour espérer toucher les pensions chèrement gagnées. Dans le programme du FN, les solutions s'apparentent à du libéralisme bon teint, opposant les régimes entre eux, pour terminer par une protection sociale minimale et un recours systématique aux fonds de pension. Contre les femmes et les immigrés Première mesure selon le FN pour revenir à un système de retraite équilibré : la priorité de l'emploi des français et l'augmentation de la natalité. L'argument de l'immigration massive est aussi décliné sur cet aspect : le FN part du principe de la priorité donnée à l'emploi des français pour alimenter en cotisations les caisses de retraites. Les immigrés, eux, seront « incités à prendre leur retraite dans leur pays d’origine. » En d'autres termes, le FN, par une politique raciste d'expulsions en série et de retours forcés, souhaite que des salarié-e-s, ayant cotisé tout autant que les « français » pour alimenter les caisses de sécurité sociale, et notamment celle de l'assurance vieillesse, renoncent à leurs pensions. En effet, le fait de prendre sa retraite dans le pays d'origine signifierait simplement qu'ils-elles ne touchent aucune pension. Celle-ci serait donc reversée aux « nationaux ». Deuxième mesure urgente : la défense de la famille et de la natalité. En décryptage, cela signifie la mise en place d'une politique familialiste : retour des femmes au foyer pour s'occuper des enfants, limitation drastique des droits chèrement gagnés à l'avortement et à la contraception... En somme, un retour à l'ordre moral visant à assimiler les femmes à des « mères porteuses » des futurs cotisants, et les empêchant de disposer de leur corps comme elles l'entendent. A ces deux premières mesures, nous, syndicalistes, voulons répondre qu'elles ne sont que des leurres. Il faut premièrement rappeler que les « immigré-e-s » ne sont pas un coût mais participent par plusieurs biais à l'économie nationale. En matière de retraites, ils-elles payent, comme tout-e salarié-e, des cotisations sociales à la caisse nationale d'assurance vieillesse. Les en priver, avec un retour forcé au pays, est commettre une injustice de droit : les immigré-e-s ont participé, depuis des générations, avec ou sans papiers, à la construction et à l'économie du pays dans divers secteurs. Ils-elles ont aussi participé au système de retraite. Ils-elles sont donc, comme tout-e salarié-e, en droit de bénéficier des pensions de retraites, durement acquises au fil des ans. Nous nous opposons donc fermement à cette conception raciste du FN. Concernant la politique nataliste, en tant que militant-e-s syndicalistes progressistes et féministes, nous dénonçons la « politique du berceau ». Les femmes ne sont pas des « ventres », des objets. Elles ont lutté pour obtenir le droit de disposer librement de leur corps. Accepter la politique du FN aujourd'hui, c'est accepter un retour en arrière vers l'ordre moral, avec pour centre la famille nombreuse, hétérosexuelle, aux nombreux enfants, et la femme au foyer. Après des siècles de lutte, bien que l'égalité totale reste encore à gagner, nous n'accepterons pas la politique nataliste et irréaliste du FN : les femmes ont en partie gagné une certaine indépendance, la possibilité de choisir leur vie. Nous n'accepterons pas que le FN le remette en cause. L’harmonisation vers le bas Premières catégories de mesures transitoires proposées par le FN: l'harmonisation vers le bas du système.
La première série de mesures concrètes avancées par le FN est donc toujours basée sur la durée de cotisations : le FN propose ainsi l'allongement des cotisations, et la pension de retraite finale étant basée sur la durée de cotisation. En cela, il propose tout simplement de travailler plus longtemps, tout en annonçant « la prise en compte de la pénibilité du travail et des contraintes professionnelles dans le calcul des annuités (en particulier, droit pour l’État de maintenir des règles spécifiques pour ses personnels dits en service actif), sur base de négociations de branches. » Pour le calcul des annuités, le FN renvoie de nouveau à la négociation par branche, source d'inégalité de statuts. Sur des aspects de pénibilité et de conditions de travail, les négociations par branche, parallèlement à la casse du code du travail et à une conception corporatiste de la négociation, sont source de reculs pour les salarié-e-s: en effet, la politique patronale sera de tenter de se dédouaner sur la pénibilité, avec l'argument des nouvelles technologies. Mais face à la persistance de risques (risques chimiques, troubles musculo-squelettiques...) et à l'émergence de nouveaux (risques psycho-sociaux, stress, accroissement des risques physiques du fait de la précarité et de l'alourdissement des charges de travail par la productivité accrue), le FN, renvoyant aux branches et à des syndicats maison, va forcément dans le sens du plus petit dénominateur commun. De plus, on se demande comment il peut à la fois lier la revendication de travailler plus longtemps, mettant la barre à 65 ans, et celle de la prise en compte de la pénibilité. Enfin, face à la précarité des carrières, la seule solution en matière de retraites trouvée par le FN est l'allongement de la durée de cotisations : une fois de plus, le FN prend acte de la précarité de l'emploi mais ne cherche pas à y remédier, sauf à penser que des politiques racistes (le travail aux seuls français) offriront la possibilité aux patrons de profiter de la flexibilité des contrats précaires et de licencier.. les « étrangers » A cela, une fois de plus, nous répondons que le FN mène une politique pro-patronale et discriminatoire qui divise le monde du travail. « Une harmonisation des régimes de retraite (entamée partiellement par la réforme de 2003), en regroupant les différents régimes de base en un seul régime national, géré directement par l’État et sous contrôle du Parlement » et « Le choix laissé aux régimes spéciaux qui n’ont été affectés par aucune des réformes de 1993 ou 2003 : soit ils s’incluent avec les mêmes obligations et prestations dans le régime national et bénéficient de la solidarité nationale, soit ils prévoient un financement spécial, hors fonds publics, pour maintenir leurs spécificités. » Ici le Front National se place dans la continuité et l’approfondissement des réformes de 1993 et 2003 ! Quand il parle des régimes spéciaux ce sont bien sûr les fonctionnaires qui sont visés et l’harmonisation prévue est bien sûr par le bas ! Enfin il plaide pour l’étatisation d’un « seul régime national » c'est-à-dire une gestion par l’Etat et non plus par les représentants des assurés sociaux alors même que les sommes collectées sont du salaire différé et sont donc la propriété des salariés. Il s’agirait là d’une régression formidable à la merci de n’importe quel vote parlementaire. Quant aux pensions stricto sensu, le FN propose « la revalorisation des retraites et du plafond de la Sécurité sociale selon l’indice d’évolution des salaires. ». Or, selon les chiffres de l'INSEE, l'indice d'évolution des salaires est de moins de 1%. Avec l'augmentation de la part du capital, et la diminution de celle du travail, avec des négociations à minima et des casses de statuts, avec une politique renvoyant les patrons en position de force, on ne peut que se douter que la revalorisation des retraites vue par le FN, sera minimale. Les fonds de pension à la rescousse Par contre, le FN, fidèle à ses croyances sur la « valeur travail », veut mettre en oeuvre « le développement de régimes de retraite complémentaire par capitalisation ouverts à tous et dont les versements, auprès d’organismes agréés par l’État, seront déductibles des revenus imposables » Dans ce contexte, les mieux nantis seraient favorisés au détriment des bas salaires, des moins qualifiés, des précaires et des chômeurs. C’est la mise en place d’un système à 2 vitesses où les pauvres auront des retraites de misère. Mais le recours aux fonds de pension, s’il remet évidemment en cause le principe de solidarité pour les plus démunis, met également en danger les propres bénéficiaires du système car l’argent ainsi épargné, investi dans des circuits financiers en vue de générer des plus-values, peut se volatiliser du jour au lendemain, dans la mesure où il est utilisé de façon spéculative. Que survienne un krach boursier, comme nous avons pu le voir dans la récente crise boursière, et des retraités verront , comme cela s’est passé dans d’autres pays , leurs économies s'envoler… Le FN pourra user d'arguments de contrôle de l'Etat, de retour au protectionnisme: il n'en demeure pas moins qu'il renvoie une grande partie des salarié-e-s à des régimes complémentaires instables et sources d'inégalité. Marine le Pen a beau s'insurger contre la revalorisation honteuse de 0,9% des retraites annoncée par le gouvernement : le programme du FN, pro patronal, privilégiant les solutions individuelles par rapport aux statuts collectifs, reposant sur le fantasme du corporatisme de la politique familiale et du repli sur soi, est un retour en arrière sur le système de protection sociale en matière de retraites. Le 17 avril 2010, Marine Le Pen estimant que le système de retraite devait être refondé, déclarait en parallèle que "Le Front national doit participer à ce débat", et avançait : la diminution "nécessaire" du coût du travail, "obstacle à la compétitivité" mais aussi – nouveauté - "l'élargissement de l'assiette des ressources". Son père, dans son discours du 1er Mai, fustigeait le « credo libre-échangiste » le « mépris du droit du travail » et la « protection sociale amoindrie » C’est bien la contradiction dans laquelle les chefs du FN louvoient : leur programme antisocial sur les retraites passe mal dans son électorat populaire, et quelques formules à connotation anticapitaliste ne sont pas de trop pour essayer d’enfumer les retraités et autres salariés qui peuvent être séduits par le discours faussement radical du Front. VISA |
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| Dernière mise à jour : ( 06-06-2010 ) |
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« Pour sauver nos retraites, il est évident que l’allongement de la durée de cotisation est nécessaire. Mais dans un contexte de crise aigue et de désindustrialisation chronique, le nombre de cotisants ne fait que s’effondrer. Or, les syndicats s’efforceront de conserver le système des 35 heures. La seule variable d’ajustement sera donc le montant des retraites qui s’abaissera. Ce sera sur les retraités que pèsera l’effort, d’autant que ce sont eux qui peuvent le moins bien se défendre ! » (Jean Marie Le Pen, campagne régionales 2010).